IL A DÉJÀ TES YEUX - LUCIEN JEAN-BAPTISTE

Pour clore le cycle annuel de films contre le racisme NOS HISTOIRES DE FRANCE, en collaboration avec le Musée national de l’Immigration et le groupe de recherche Achac, nous avons choisi la formidable comédie Il a déjà tes yeux suivie d’un débat avec le réalisateur et comédien au grand cœur Lucien Jean-Baptiste.

Malgré la difficulté pour les professeurs de répondre présents à cause du contexte de demi-jauge et d’épreuves de fin d’année, la séance a réuni 102 jeunes de la région Île-de-France à Marseille :

  • Collège Marie Curie, Paris 18ème : 20 élèves
  • Collège Marie Curie, Les Lilas : 26 élèves
  • Lycée Jean-Jacques Rousseau, Sarcelles : 30 élèves
  • Lycée Maurice Genevoix, Montrouge : 20 élèves
  • École Kourtrajmé, Marseille : 6 jeunes
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Le débat a démarré avec ces questions que plusieurs élèves des collèges et lycées ont posé :
Qu’est ce que vous avez vécu pour avoir l’idée de ce film?

Lucien Jean-Baptiste y a répondu en expliquant comment il s’est approprié ce scénario écrit par Marie-Françoise Colombani. 

LJB : Je n’ai fait que raconter mon histoire en fait. Je n’ai pas traité le film comme un couple de noirs qui adoptaient un enfant blanc mais comme deux parents qui désirent un enfant, choisissent l’adoption et se voient retirer leur enfant. Ils ne le vivent pas comme une différence de couleur mais plutôt comme le fait que ça ne soit pas leur enfant, qu’il ne leur ressemble pas, que toute la société est contre eux et qu’il faudra l’aimer quoiqu’il arrive. J’ai trouvé qu’on était dans l’une des plus belles métaphores “comment aimer l’autre, comment aimer la différence, qu’est-ce que l’autre peut nous apporter ?” Je n’y ai mis que des envies très personnelles, très profondes.

Le débat s’est poursuivi avec les questions d’Aminata du lycée Jean-Jacques Rousseau à Sarcelles :
Est ce que c’était difficile de tourner avec un bébé ? Comment avez-vous fait pour faire pleurer ou faire sourire le bebe benjamin au bon moment ? Que devient le bébé Benjamin aujourd’hui? 

LJB : J’ai fait le casting des parents parce que j’avais vraiment besoin qu’ils soient avec moi sur le plateau. Les parents de Marius étaient exceptionnels ! Ils étaient comédiens donc heureux d’être là. C’est le bébé qui donnait l’ambiance de la journée. Pour l’avoir en train de pleurer, on tournait la scène au moment où il voulait manger, où lorsqu’il avait la couche pleine… Tout le tournage était calé autour de ses joies et ses peines. Et je salue encore toute l’équipe technique, notamment ma 1ère assistante.

Armel du lycée Jean-Jacques Rousseau à Sarcelles a demandé :
Comment avez-vous réussi à gérer la réalisation et le rôle d’acteur en même temps? 

LJB : J’ai réussi à avoir la double casquette depuis Ma première étoile mais j’ai décidé de ne plus le faire depuis la fin de la série. Au bout du compte, je suis toujours un peu frustré, je ne suis jamais à 100% réalisateur, ni 100% comédien… Je n’ai jamais pu m’abandonner vraiment. (…) Mais je voulais avancer, j’ai pris mon bâton, j’ai foncé, c’est ça foncer : “personne veut écrire pour moi ? je vais prendre mon stylo ! personne veut me filmer ? bah je vais me filmer !” (…) Ma mère disait “c’est la guerre des rêves”, il faut aller de l’avant, ne pas se laisser dévorer par les obstacles. Finalement, le temps passe, on réussit notre travail… Maintenant j’ai la chance de je peux choisir d’être acteur ou réalisateur. Mais je suis passé par des moments difficiles. On passe toujours par ces moments quand on veut vivre ses rêves… Donc voilà Armel, courage !

Un jeune de l’école Kourtrajmé à Marseille qui a l’oeil affuté a demandé
pourquoi les personnages étaient souvent habillés en bleu et jaune ?

LJB : Rires. J’ai toujours demandé à ma costumière de trouver des tenues colorées ! Le jaune, le bleu, le orange sont des couleurs qu’il y a beaucoup chez moi, le madras, etc…Allez à la sortie de l’école, les jeunes sont souvent habillés en noir ou bleu marine. C’est sombre, c’est triste ! Il est vrai que j’aime les couleurs, je demande souvent à mon chef déco d’y aller à fond sur la couleur ! De la couleur, de la vie, des mélanges, ce à quoi ressemble la société quoi, loin d’être monochrome.”

Auriez-vous pu réaliser ce film autrement que sous la forme de la comédie?
Un élève du collège Marie Curie à Paris 18ème 

LJB : Beaucoup de gens m’ont demandé “quand est-ce que tu vas faire des films sérieux ?” Un jour j’ai répondu à un spectateur “est-ce que Charlie Chaplin est quelqu’un de sérieux ou pas ?” Il a fait des comédies toute sa vie tout en parlant de choses très graves, regardez Le Dictateur ! Les peaux de banane c’est ce qui fait rire le plus au cinéma, pourtant ça fait mal de glisser sur une peau de banane ! Moi je fais ce qu’on appelle la comédie italienne : je prends des sujets de société très durs et j’essaye d’en rire, pas pour me moquer de la gravité mais pour la rendre digeste. Je crois que c’est la comédie qui me ressemble, c’est presque une philosophie. 
Mais on peut faire des comédies en étant très sérieux ! 

La professeur du Lycée Maurice Genevoix à Montrouge a partagé ses émotions :
“J’ai beaucoup pleuré et je ne suis pas la seule… Le film me touche parce que je suis maman… et mes élèves parce qu’ils ont trouvé le film très émouvant. Mais on a beaucoup ri aussi !” 

Le film a-t-il fait évoluer les mentalités selon vous ? Un élève du lycée Maurice Genevoix à Montrouge

LJB : Si on peut faire réfléchir 10 personnes, c’est déjà pas mal. Parce que c’est 10 personnes en parleront autour d’eux et ça fait l’effet papillon ! J’ai pas changé le monde mais je suis comme le colibris qui fait sa part. Il faut penser à ceux qui sont malheureux dans des situation inconfortables ou injustes. Pour ces personnes-là, il faut continuer à travailler, faire des films, poser des questions, s’intéresser… Très important la culture !

Les étudiants de l’école Kourtrajmé ont demandé quels acteurs avaient été pour lui source d’inspiration. 
Lucien Jean Baptiste a cité de nombreux comédiens dont Gérard Depardieu et Vittorio Gassman et  a donné quelques conseils aux jeunes de  l’école Kourtrajmé qui désirent devenir comédiens.  

La rencontre s’est terminée avec les remerciements du Lycée Maurice Genevoix  de Montrouge, Classe UPE2A (Non francophone): “Merci beaucoup pour cette projection. Nous avons beaucoup de choses à nous dire dans la classe maintenant puisque nous sommes une classe arc-en-ciel : 19 élèves de 15 nationalités différentes !”

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Présentée une première fois lors de sa sortie nationale en 2017 aux jeunes de l’association, Il a déjà tes yeux fait toujours autant l’unanimité ainsi que son réalisateur que nous remercions  pour sa chaleureuse participation.
Même si la plateforme la  25ème heure nous  permet  de continuer nos actions pendant la crise sanitaire , nous avons hâte  de renouer avec  la salle de cinéma. 
Mais ces séances digitales devront être poursuivies ou couplées aux projections en salle car c’est une expérience formidable d’en faire bénéficier en simultané à des jeunes bretons, lyonnais ou comme à cette séance on nous avons accueilli pour la première fois les jeunes de l’école de cinéma Kourtrajmé de Marseille créée par le réalisateur du film évènement les Misérables, Ladj Ly.

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